PROFIL PLASTIQUE : L’ENTRE-MONDE DE SARAB

Artiste peintre autodidacte native de Casablanca, SaraB (ainsi sont sa signature et le nom artistique qu’elle se donne) a à son actif quelques bonnes expositions collectives à l’échelle nationale, notamment.

Dans un dernier catalogue personnalisé qu’elle intitule «Transcendance – et si l’âme peignait d’elle-même?» et qu’elle accompagne de petits textes ambiants à relents poétiques, les œuvres qu’elle présente sont, dans leur majorité, des constructions symboliques exécutées sur de grands formats. Elles fonctionnent au-delà de la simple représentation, tant le chromatisme et le répertoire iconique agissent comme des énigmes. Corps féminin et visage vu de profil en constituent la matière première.

Artiste inspirée, SaraB effectue des visites spectaculaires aux songes, à la manière des surréalistes. Ces plongées introspectives ont des éclats profonds, ceux d’une lointaine mémoire qui revient, illumine l’esprit, évoquant des mystères connexes relatifs à notre existence, celle de l’artiste en particulier.

Avec sa galerie de figures itératives, à «têtes de mannequin» rondes et lisses, comme taillées dans du marbre, les lèvres et les paupières closes, elle développe une métaphysique de l’image qui incarnerait cette idée de transcendance qu’elle veut représenter à travers les visages, «visages de l’âme» dirait en écho J. J. Rousseau (comme dans son «Émile ou l’Éducation»), plus beaux que le masque social qui ambiguïse la nature humaine et en brouille l’entendement. Perçu comme réel, le rendu ne l’est guère plus.

SaraB multiplie lesdites figures, images-types dont elle dimensionne diversement les traits et auxquelles elle attribue de curieuses postures, ici en tête-bêche, là juxtaposées, et dont elle couvre parfois le bas du cou et le sommet du crâne de pierraille ou gravier, comme un éboulis de pensées suggérant une charge mentale ou un flux de ruminations.

D’autres images sont centrées cette fois sur tout le corps, un corps ici voilé, là fluide et transparent comme du verre, un corps tantôt en lévitation, comme aimanté, tantôt debout et les membres étirés et simulant l’extension de branches ou de racines d’arbres. Tout au long, l’attention de l’artiste est portée par un souci esthétique sur la scénographie, cet espace figural dont le plan arrière est gardé uniment sombre, un plan contrastant, inquiétant par son aspect «caravagiste».

Les éléments que SaraB y incorpore: bougies allumées, structures d’alvéoles, mailles de filet de pêche, voile d’une légèreté performante, éclaboussures jaunes et rouges comme complément gestuel, clés dorées emblématiques, fleurs de lis toutes blanches, métaphorisant la pureté, etc., rappellent ces objets oniriques chers à André Breton. Au lieu de se contenter de leur description, SaraB en interprète et en singularise la conception, l’installation et la silhouette. L’effet escompté est de la sorte produit.

Cet univers plastique qu’elle met sur pied est celui d’un entre-monde où l’imaginaire et le réel, harmonisés, sont ce que les théoriciens du surréalisme appellent des «vases communicants». Le langage auquel elle recourt pour l’appréhender se caractérise par une mise en abyme dynamique, où est interrogé le rapport que le corps entretient avec l’esprit et vice-versa, et où se déclenche aussi, par concomitance, une réflexion philosophique sur le processus même de la création artistique. Et le tour est joué!

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2026-05-06T02:05:41Z